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Museum van de week - Musée de la semaine - Museum of the week
Musée Rodin - Paris - France
Au 77, de la rue de Varenne, au pied du dôme des Invalides, se dresse l'hôtel Biron, non pas compris entre cour et jardin comme il l'est de tradition pour tous les hôtels du faubourg Saint-Germain, mais isolé, tel un véritable château, au milieu d'un parc de trois hectares.
Construit entre 1728 et 1730 par Jean Aubert, le futur architecte des fastueuses écuries du château de Chantilly, l'hôtel fut commandé par Abraham Peyrenc de Moras, perruquier enrichi dans la spéculation sur le papier monnaie. Bien que Peyrenc de Moras fût un véritable "nouveau riche", il fit preuve d'une infaillible sûreté de goût, faisant appel à Aubert qui réalisa là l'un des chefs-d'oeuvre de l'architecture rocaille. La beauté des façades, du fronton sud et des masques surplombant les fenêtres ne cède en rien au raffinement du décor intérieur et notamment des boiseries, savamment ciselées, des cinq salles en enfilade ouvrant au sud sur le parc. De nombreux éléments du décor d'origine ont pu heureusement être rachetés par le musée après la Seconde Guerre mondiale, notamment les boiseries des salons ovales est et ouest. Quant au décor peint, seize médaillons ou dessus-de-porte, il fut demandé à François Lemoyne, premier peintre du Roi, qui devait entreprendre peu de temps après la décoration du plafond du salon d'Hercule au château de Versailles. Deux dessus-de-porte, Vénus montrant à l'Amour l'ardeur de ses flèches et les Travaux de Pénélope ont pu être achetés récemment par le musée et remis à leur place d'origine; un troisième se trouve actuellement au musée de Nancy.
On le voit, en 1730, l'hôtel se signalait par son faste et son raffinement. Peyrenc de Moras cependant n'en profita guère, puisqu'il mourut en 1732. Sa veuve le loua ensuite à la duchesse du Maine, belle-fille de Louis XIV, jusqu'à la mort de celle-ci en 1753. Le domaine fut alors vendu au maréchal de Biron, le héros de la bataille de Fontenoy ; il en portera désormais le nom. Biron changea peu l'ordonnancement du bâtiment, mais remodela complètement le parc; il en fit l'un des plus beaux de Paris ce que notèrent tous les guides de l'époque. En 1782, le comte et la comtesse du Nord, en réalité le futur tsar Paul Ier qui voyageait incognito sous ce pseudonyme, visita l'hôtel Biron : « Leurs Altesses Impériales examinèrent le jardin qui est une merveille à Paris, admirèrent la beauté des fleurs, la variété des plates-bandes. Ils se promenèrent dans les parterres et les bosquets, s'étonnèrent de la hardiesse et de l'élégance des treillages formant des portiques, des arcades, des grottes, des dômes, des pavillons chinois... »
A la mort du maréchal de Biron en 1788, le domaine échut à son neveu, le duc de Lauzun qui, bien que héros de la guerre d'Indépendance américaine et ayant commandé l'armée révolutionnaire du Rhin, fut guillotiné en 1793. Loué à des entrepreneurs de bals publics, le domaine amorça son déclin, les somptueux parterres laissant place à un champ de foire. Cependant, sous le Consulat puis l'Empire, l'hôtel retrouva sa fonction d'origine hébergeant la légation pontificale, puis l'ambassade de Russie.
Toujours propriété de la duchesse de Béthune-Charost, l'hôtel fut destiné à un avenir en accord avec les principes religieux de la pieuse duchesse. Il fut cédé en 1820 à la Société du Sacré-Coeur de Jésus, fondée en 1804 par la mère Sophie Barat, et vouée à l'éducation des jeunes filles de l'aristocratie et de la bonne société. La vie y était dure et austère, et Marie D'Agoult, l'égérie de Frantz Liszt, raconte l'ordinaire des pensionnaires se levant à 6 heures, vivant sans chauffage et se lavant à l'eau froide. La mère Sophie Barat chassant tout luxe de l'hôtel fit enlever tous les éléments superflus, boiseries, miroirs, ferronneries et peintures. Un peu plus tard, en 1875-1876, la chapelle, servant aujourd'hui de salle pour les expositions temporaires, était construite par l'architecte Lisch. L'hôtel connaissait là les heures les plus noires de son histoire et, en 1905, confisqué en application des lois de séparation entre l'Eglise et l'Etat, il n'apparaissait plus que comme une carcasse vide entourée d'un parc à l'abandon.
Bien que promis à la démolition, l'hôtel put abriter provisoirement un nombre impressionnant d'artistes : Jean Cocteau, Henri Matisse, l'acteur de Max, Isadora Duncan qui avait son école de danse dans un bâtiment aujourd'hui détruit, situé dans la cour d'honneur, et Rodin qui, sur les conseils de Rainer-Maria Rilke, s'installa en 1908 dans l'enfilade des salons sud. Bien que continuant d'habiter et de travailler à la villa des Brillants de Meudon, Rodin fut séduit par la beauté de l'hôtel et le charme sauvage du parc; il y amassa ses oeuvres, couvrit les murs de ses dessins, peupla le parc de ses antiques gréco-romains ; il y reçut nombre de personnalités, surveillé par la terrible duchesse de Choiseul.
En 1911, l'Etat acquit le domaine, amputé de sa partie sud, attribuée au lycée Victor Duruy. Quant à Rodin, il forma le projet de remettre à l'Etat l'intégralité de ses collections pour peu qu'un musée lui fût consacré à l'hôtel Biron. Soutenu, entre autres, par Claude Monet, Octave Mirbeau, Raymond Poincaré, Georges Clemenceau, Etienne Clémentel... le projet eut du mal à aboutir tant, encore à cette époque, l'art du sculpteur restait incompris, voire considéré comme sulfureux. Votées par le Parlement, les trois donations furent officialisées le 24 décembre 1916, Rodin donnant à l'Etat la totalité de ses collections, de ses photographies, de ses archives, ainsi que l'ensemble de son oeuvre, sculptures et dessins, assorti des droits patrimoniaux qui y sont attachés. Mort le 17 novembre 1917, Rodin ne put voir la matérialisation de son ultime rêve, l'ouverture de son propre musée qui intervint en 1919.
Etablissement Public Administratif, contrôlé par le Ministère de la Culture, le musée Rodin est doté de la personnalité morale et jouit d'une autonomie de ses recettes et dépenses. Avec en moyenne 500 000 visiteurs par an, il est, après le Louvre, Versailles et le musée d'Orsay, mais avant l'Orangerie et le musée Picasso, l'un des musées les plus visités de France. Cela tient bien évidemment au renom et à la notoriété de l'oeuvre de Rodin. Cela tient également au charme spécifique du lieu, de son parc, dont toute la partie sud a été remodelée en 1993, mais aussi du bâtiment abritant les oeuvres et collections du Maître, où tout vient de Rodin y compris les chaises, fauteuils ou canapés sur lesquels peuvent s'asseoir les visiteurs. Sans vouloir tenter une reconstitution d'époque, qui du reste ne saurait être possible, le musée Rodin offre le charme unique d'une demeure d'artiste où il fait bon flâner. C'est cette spécificité qui le caractérise et le distingue dans le paysage des musées français.
Extrait de l'ouvrage Rodin - Le musée et ses collections aux éditions Scala, Paris, 1996.
Website:
http://www.musee-rodin.fr/accueil.htm
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